Ceinture Aliment-Terre Liégeoise

Les chantiers

Les promoteurs de la Ceinture aliment-terre liégeoise [CATL] ont identifié une série de chantiers nécessaires au déploiement du réseau et des projets liégeois sur le long terme.

Etablir un état des lieux du circuit court et un diagnostic du système alimentaire local

La montée en puissance de l’alimentation locale et durable à l’échelle de la province de Liège dépendra notamment de la finesse du diagnostic de caractérisation de l’offre et de la demande en circuit court, ainsi que des conditions de leur rencontre et de leur évolution conjointe. Les collaborations avec le monde académique sont et seront essentielles de ce point de vue. Ainsi, la CATL faisait partie du comité d’accompagnement de la recherche CADDAC, menée conjointement par l’ULg et l’ULB, qui visait à caractériser la demande alimentaire en circuit court, en Wallonie.

Plus récemment, la CATL a contribué à la réalisation du Schéma de développement territorial pluricommunal de l’Arrondissement de Liège. Ce dernier a également permis poser des jalons vers la réalisation d’un diagnostic de territoire, d’identifier les enjeux liés à la création de filières alimentaires locales, et de relever les principaux leviers et pistes d’actions.

Faciliter l'accès au foncier

En 1990, la superficie moyenne d’une exploitation agricole wallonne était de 25,8 ha. Depuis lors, c’est la surface de terres agricoles qui disparait tous les quatre jours au profit de l’extension du résidentiel, du développement des infrastructures publiques et des activités économiques et de loisirs. La forte concurrence pour l’accès aux terres de culture – voire la spéculation – les a progressivement rendues impayables pour ceux qui veulent lancer une nouvelle activité de production.

La notion de « ceinture aliment-terre » – ou ceinture verte – fait notamment référence à la nécessité de protéger de l’urbanisation les zones à vocation agricole. Les politiques d’aménagement du territoire sont évidemment centrales en la matière.

A leur niveau, les acteurs de terrain agissent déjà. Ainsi le mouvement Terre-en-vue s’associe à la dynamique de la Ceinture aliment-terre liégeoise en mobilisant l’épargne citoyenne pour faciliter l’accès à la terre, en développant des projets-pilotes comme celui de la ferme Larock à Rotheux.

Mais, pour faciliter l’accès à la terre pour les jeunes porteurs de projets, il sera également indispensable de mobiliser certains pouvoirs publics ou institutions (communes, CPAS, Province, SPI, fabriques d’églises, etc) propriétaires d’un patrimoine foncier susceptible être affecté à des activités de production. La CATL a notamment pour mission de faciliter ce type de mise en lien.

Développer la filière de formation et l'accompagnement au lancement d'activités

Tous les acteurs du secteur constatent une forte demande et de nombreux projets de retour à la terre via des stages, formations et tentatives d’installations par des personnes non-issues du monde agricole (NIMAculteurs). Pourtant, les filières de formation actuellement accessibles aux demandeurs d’emploi aboutissent rarement à l’installation de ces derniers comme indépendants maraîchers. Pourquoi? Parce que pour être rentable ou du moins viable, la production demande des capitaux qui leur font précisément défaut, et un savoir-faire qui s’acquière difficilement.

En matière d’accompagnement au lancement d’activités de maraîchage, en juin 2013, le GAL de Condruses et ses partenaires ont inauguré Point Vert, le premier espace test maraîcher de Wallonie. Le projet pilote Les Compagnons de la terre, issu de la CATL, prolonge cette démarche.  Cette coopérative paysanne et citoyenne ambitionne de faciliter l’accès à toute une série de ressources pour les producteurs qui s’associent à elle, via notamment une formule de couveuse.

Dans le domaine de l’économie sociale, le lancement d’activités de production, de transformation et de distribution pourra recevoir l’appui (conseil juridique, plan financier, études de faisabilité) d’agences conseil agrées par la Wallonie. Il nous semble indispensable de faire appel à de telles agence pour se faire accompagner dans la création d’une entreprise d’économie sociale. Les bourses “coopératives citoyennes” de l’Agence pour l’Entreprise et l’Innovation (AEI) permettent d’ailleurs de financer leur services dans le cadre du lancement d’un nouveau projet.

Assurer le financement des projets

La CATL vise à faciliter le financement local de projets à grande plus-value économique, sociale et environnementale. Un nombre croissant de projet de l’écosystème CATL se montent sous forme d’entreprises coopératives. La mobilisation de l’épargne citoyenne est en effet une voie de plus en plus privilégiée pour les porteurs de projets ne disposant pas personnellement d’important capitaux, mais désireux néanmoins mettre en oeuvre des projets ambitieux. De ce point de vue, la réussite exemplaire de la coopérative à finalité sociale Vin de Liège, qui est parvenue à lever 1,8 million d’euros auprès de 1200 coopérateurs est très inspirante. De nouveaux projets tels que les Compagnons de la Terre, ou encore la Brasserie Coopérative Liégeoise, suivent cette même voie.

Pour soutenir les projets de la communauté CATL dans leurs opérations de financement participatif (« crowdfunding ») et de mobilisation de l’épargne citoyenne, nous proposons de leur faciliter l’accès aux médias et à un large public. Enfin, la CATL participe à la réflexion sur la création d’une plate-forme de financement citoyen dont l’objectif est de démultiplier les moyens disponibles pour les projets en cours de construction.

Réussir l'évolution et l’articulation institutionnelle de la Ceinture aliment-terre liégeoise

La Ceinture aliment-terre liégeoise met en réseau, soutient et dynamise les projets et les organisations qui veulent et peuvent jouer un rôle dans  la relocalisation de la filière alimentaire.

Pour avoir des chances d’aboutir, la Transition d’un système (en l’occurrence alimentaire), c’est-à-dire le processus par lequel ce système change de manière fondamentale son mode de fonctionnement et d’organisation, doit non seulement s’appuyer sur un mouvement puissant de la société civile, mais aussi être soutenu par les institutions et par le politique. Les collaborations initiées par la CATL avec La Conférence d’arrondissement des Bourgmestres et du Collège provincial de Liège (Liège Métropole asbl), avec l’Union des Villes et Communes de Wallonie, avec la Wallonie, ou encore avec plus universités et hautes-écoles s’inscrivent dans cette perspective.

Par ailleurs, la CATL entre en 2016 dans une phase de structuration interne. Son objectif est de créer une communauté collaborative de développement des filières alimentaires courtes en région liégeoise, structurée notamment autour de coopératives citoyennes.

Construire la logistique de la filière alimentaire locale en circuit court

Des nombreux projets  vont dans le sens de la construction de la logistique du circuit court à l’échelle de certains “bassins de vie”. La Ceinture aliment-terre liégeoise pose le défi à l’échelle de la province.

En 2016, la CATL lancera la phase test d’un projet de « marché niché » en région liégeoise, dont l’objectif est de renforcer et structurer la logistique et la distribution en circuit court en synergie avec les producteurs. Un marché niché consiste en une infrastructure socio-matérielle décentralisée qui se démarque totalement de l’infrastructure en étoile qui caractérise la grande distribution, où l’ensemble des produits venus de tout le pays (et d’ailleurs) doit être acheminé jusqu’à un lieu de distribution central pour être ensuite redistribué à travers le pays. Cette structure augmente considérablement le ʺkilométrage alimentaireʺ, entraine des pertes plus importantes et risque de nuire à la qualité des produits. Ajoutons que la structure en étoile favorise les rapports de pouvoir asymétriques entre la grande distribution et les producteurs.

Susciter et accompagner l'évolution culturelle

Il nous semble prioritaire de faire évoluer la culture alimentaire qui favorise actuellement la malbouffe industrielle et le low cost, avec les problèmes de santé publique et les coûts économiques, écologiques, sociaux (souvent cachés) qu’ils impliquent.

Notre intention est bien sûr faire évoluer l’offre de produits et de services de circuit court de manière à l’adapter aux attentes des consommateurs, mais ces derniers devront également faire une partie du chemin.

Il y a un important travail de sensibilisation et d’éducation à réaliser, auprès des jeunes prioritairement, sur le thème de la qualité nutritive, gustative (l’éducation au goût !), écologique et sociale de notre alimentation. Mais il y a également à mettre en place des solutions qui facilitent une évolution favorable des comportements de consommation, par exemple des cours ou des concours de cuisine avec des produits locaux et de saison, ou encore la création d’outils interactifs et collaboratifs de partage de recettes pour ces mêmes produits. Enfin, sur la question des évolutions culturelles, il est nécessaire revaloriser les métiers de la terre, tant pécunièrement que symboliquement… sauf à accepter de les voir disparaître.

La Ceinture aliment-terre liégeoise a pour vocation de créer une dynamique, de faire émerger de nouveaux porteurs de projets, notamment autour de démarches citoyennes et collectives du type économie ou entrepreneuriat social(e), qui attirent et mobilisent un nombre croissant de jeunes. De nombreux étudiants s’impliquent déjà sur la construction de la Ceinture aliment-terre liégeoise via des stages effectués auprès des partenaires du projet. Nous avons notamment accueilli des stagiaires en provenance du Master en Management des entreprises sociales (Centre d’économie sociale de l’ULg),  de l’Institut d’éco-conseil, du Certificat interuniversitaire Agroécologie et transition (UCL/ULG), du Master en Ingénierie et action sociales (co-diplomation HELMo & HEPL), de la haute école  HELMo/ESAS, du baccalauréat en écologie sociale de la Haute école libre de Bruxelles Ilya Prigogine ou encore de l’Ecole supérieure des Arts St Luc de Liège. Lorsque des projets-pilotes tels qu’AGROECOOP démarreront leurs activités, nous nous ferons bien sûr un devoir d’intégrer des stagiaires de la filière horticole.

Les créatifs et artistes ont également une place essentielle dans le projet. Parmi les pistes à développer ou à explorer, l’utilisation d’outils pédagogiques et d’animation plus interactifs, la mobilisation de dispositifs artistiques plus participatifs – tels que le théâtre forum. De l’avis de tous, la collaboration avec Alternative Théâtre lors de la soirée de lancement de la Ceinture aliment-terre liégeoise, le 5 novembre 2013, ou encore à l’occasion du 3e Syposium Populaire de l’Agriculture Paysanne (SPAP3) ont permis de camper de manière vivante et interpellante les enjeux et problématiques de souveraineté alimentaire.

En 2017, la CATL s’associera à la compagnie théâtrale Art & tça à l’occasion d’une semaine complète de représentations du spectacle Nourrir l’humanité c’est un métier, à la Cité Miroir. A suivre…

Combiner les innovations techniques et sociales pour provoquer l'évolution du système alimentaire local

Agroécologie, permaculture, circuits courts, économie sociale, financement participatif, monnaies locales et complémentaires, techniques d’intelligence collective et de gestion de la Transition, économie circulaire, innovations culturales, mutualisation d’outils, développement technologique en open source : c’est la combinaison de toutes ces innovations qui va permettre le déverrouillage du système-sociotechnique alimentaire en place et la montée en puissance des alternatives. Le projet pilote des Compagnons de la Terre en constitue un belle illustration.

Créer les chaînons manquants de la filière alimentaire locale

L’établissement de l’état des lieux du circuit court local doit notamment permettre d’identifier -avant de les construire – les chaînons manquants de la filière créer. Certains de ces chaînons manquants déjà bien connus :

  • pénurie de producteurs locaux pour l’alimentation de la filière en circuit court : il faut soutenir (formation, accompagnement, financement, accès à la terre) celles et ceux qui veulent se lancer dans la production d’une alimentation locale et durable ;
  • activités de transformation alimentaire qui, bien que génératrices d’une importante valeur ajoutée, sont assez peu développées en Région wallonne. Le potentiel d’emplois à créer y est considérable. La gamme des activités de transformation envisageable est large, des classiques ateliers de découpe aux plats préparés de produits locaux et de saison, en passant par la mise en conserve, qui peut amener de la variété à l’offre de produits en circuit court.
  • activités de restauration collective privée et publique qui, par les volumes de production et de transformation importants qu’elles impliquent, ont une dimension démonstrative et symbolique forte. Les premiers contacts pris auprès de plusieurs opérateurs locaux de la restauration collective ont permis de mettre en évidence un véritable intérêt pour notre démarche.

La création des chaînons manquants impliquera d’une part d’obtenir l’adhésion et implication de certains acteurs clés (pouvoirs publics locaux, acteurs restauration collective, etc), mais également la création de toutes nouvelles activités, qui demanderont de nouveaux porteurs de projets (voir point précédent), que nous nous proposons de soutenir dans leurs démarches.

De manière transversale à tous ces chantiers, nous désirons développer des modèles économiques qui favorisent une prospérité partagée, l’accès du plus grand nombre à une alimentation de qualité, et la réduction de son impact énergétique et écologique (plus d’infos dans la rubrique Principes fédérateurs et intentions du projet de la page Présentation). Nous nous sommes donné pour mission d’accompagner activement ce foisonnement que nous voulons participatif et citoyen.

N’hésitez pas à marquer votre intérêt : info [at] catl.be

Author: Christian

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