Du 15 au 25 mars s’est déroulé la deuxième édition du festival Nourrir Liège qui pose la question de la transition alimentaire et agricole dans la province de Liège. Rob Hopkins, initiateur du mouvement des Villes en transition et mondialement reconnu grâce au film Demain, nous a fait l’honneur d’en être le parrain. Passionné, enthousiaste et drôle, il était évident pour nous qu’il permettrait d’apporter avec lui une vague d’inspiration et de motivation dans la cité ardente (retrouverez le compte-rendu de sa conférence du 21 mars via ce lien).

L’objectif principal de ce festival est, en effet, d’apporter des pistes de solutions, des réflexions, des initiatives concrètes, toutes tournées vers un avenir plus écologique, plus solidaire et économiquement responsable. Ainsi que de permettre la rencontre entre différents acteurs : la société civile, le tout public, les politiques, les étudiants, les producteurs, … dans le but de créer de la proximité, en rapprochant différentes réalités.

Une des grandes particularités du collectif tient dans l’hétérogénéité des quatre organisateurs principaux. A commencer par la compagnie de Théâtre Art&tça qui a créé la pièce ‘Nourrir l’humanité c’est un métier’ qui pose un constat inquiétant sur les conditions des agriculteurs et qui est à l’initiative du festival ; le Centre Liégeois du Beau Mur qui débute, notamment, son projet ‘Permis de végétaliser’ ; l’Université de Liège pour son rôle de formation et d’éducation et enfin la Ceinture Aliment-terre liégeoise qui a soutenu les lancements de projets d’alimentation saine et locale tels que les Petits Producteurs et les Compagnons de la Terre. A ce noyau dur, ce sont rajoutés plus de 50 autres partenaires qui y ont joints leur force pour assurer le succès de cette seconde édition.

L’axe majeur de ce festival 2018 était centré sur les générations futures puisqu’il s’agit d’un chaînon essentiel dans la réalisation de la transition. Les sensibiliser, mettre en avant certaines de leurs initiatives et penser aux changements qui pourraient être apportés au niveau des cantines scolaires par exemple, apparaissait comme une priorité dans la mission que le collectif s’est donné.

La première nouveauté de ce festival a été de proposer un partenariat entre une vingtaine de restaurants liégeois et la coopérative Les Petits Producteurs. Ainsi, pendant toute la durée de Nourrir Liège, et au-delà pour certains, des menus, plats et jus avec des produits locaux et ou bio ont été préparé, toujours dans un souci d’intégrer de nouveaux acteurs et de toucher un autre type de public. Cette première mise en place initiera par la suite la pérennisation de ce partenariat pour les restaurants qui le souhaiteraient.

La seconde nouveauté est le suivi au quotidien par Permavenir TV des diverses activités proposées. Pour l’occasion, cette jeune équipe qui espère développer un media de la transition alimentaire a filmé et mis en ligne plusieurs vidéos résumant les journées jour après jour. Vous les retrouverez sur cette page.

Comme l’édition précédente, ce festival a présenté une panoplie d’activités articulées autour des thèmes essentiels de la transition alimentaire et organisées par des acteurs de la société civile ou institutionnels dans des lieux parfois de prestige : avec des projections de documentaires ; des ateliers pratiques ; des visites dans les champs ou à vélo ; des conférences gesticulées ; le marché de producteurs court-circuit de la Ville de Liège, … A travers cette diversité d’activité et d’organisateurs, il s’agissait aussi de faire se rencontrer le public sur une foultitude de lieux où une dynamique est en train de se créer.

Les temps forts de ce festival se sont articulés autour de deux thèmes principaux : les générations futures et les moyens dont nous disposons pour trouver des solutions à une transition alimentaire primordiale et la façon de les mettre en œuvre collectivement. Nous les détaillons ci-dessous :

Générations futures

 L’ouverture de cette ‘grande’ semaine a débuté par une journée dédiée aux étudiants et mis en œuvre, notamment, par des étudiants. Plusieurs groupes étudiants dont celui des Compagnons de la Terre, du CC KALI, de l’HELMo se sont réunis pour offrir une soupe de carottes aux produits issus de la coopérative Les Petits Producteurs, sur différents campus du Sart Tilman, du XX août et de l’HELMo et diffuser une brochure des initiatives étudiantes et un sondage sur leur pratique alimentaire. Ensuite, pour continuer le tour d’horizon des étudiants, deux masterclass ont eu lieu. L’une avec Maxime de Rostolan, co-fondateur des Fermes D’avenir et de la plateforme de crowdfunding BlueBees. Ce jeune entrepreneur charismatique a apporté son éclairage sur la situation en France et inspiré les étudiants grâce à son projet de micro-fermes et sur le nouveau métier de payculteurs. L’autre avec Rob Hopkins, tout aussi charismatique, qui a partagé son expérience personnelle avec le réseau transition et qui a donné suite à un échange entre étudiants (master, doctorants) et professeurs afin de se pencher sur la question de la transition au sein de l’université de Liège. Pas à pas, voici que naissent déjà les nouvelles voies de la transition. Enfin et toujours dans cet esprit enthousiaste, la grande conférence de Rob Hopkins a suscité un vif intérêt et rempli la salle Noppius de l’ULiège (plus de 500 personnes). L’humour britannique, l’énergie et les solutions proposées ont conquis le public.

 

Les leviers à mettre en œuvre

 Si les différents acteurs déjà engagés ont déjà apporté leur contribution à une transition nécessaire, le collectif Nourrir Liège entend aussi inviter les pouvoirs publics à prendre leurs responsabilités et à mettre à disposition des leviers qui permettraient d’aider le mouvement à prendre de l’ampleur et à faciliter ce processus. Le débat politique a permis de réunir les partis du MR, de PS, du CDH, de VEGA, d’ECOLO et du PTB autour des questions principales que sont l’accès à la terre et l’alimentation saine dans les écoles par exemples et de confronter leurs propositions et leurs réactions. Mais serait-ce trop compliqué ou utopique ? Pour répondre à cette question, une soirée sur l’accès à l’alimentation a présenté les projets des Villes de Paris et de Genève. Pour ceux qui ont pu assister à la soirée, il est vrai que nous avons rencontrés quelques soucis logistiques donnant un aspect gag à l’évènement. Cependant, nous avons pu avoir une représentante de la ville de Paris en duplex, Karine Beneder pour introduire le concept de ‘Parisculteur’ qui permet de créer des surfaces maraichères sur les toits de Paris ou bien de présenter l’initiative du permis de végétaliser – qui est d’ailleurs lancé officiellement à Liège grâce au Centre Liégeois du Beau Mur, en collaboration avec la Ville de Liège. Nous avons pu bénéficier de la présence de Gaétan Morel venu de Genève pour présenter le programme ‘Nourrir la ville’ dont les axes sont similaires aux nôtres : la promotion des produits agricoles locaux, la sensibilisation au « bien manger » et le développement de l’agriculture urbaine.

Pour clôturer cette riche semaine, un forum a été mis sur pied pour réfléchir et échanger ensemble autour de thématiques plus précises, invitants les personnes à prendre en main ces questions et débuts de solutions, voire au moins de donner une première impulsion.  C’est donc presque 150 personnes qui se sont retrouvées autour d’ateliers ouverts, avec des personnes ressources sur des sujets aussi divers que la pollution des sols, le statut des producteurs et les nécessaires réformes de la PAC, la production alimentaire pour nourrir les villes, la mise en place d’un supermarché collaboratif ou la boulangerie.

Bref, au travers de ces diverses rencontres, le collectif Nourrir Liège a constaté un regain d’énergie et de motivation suscitées grâce à des personnalités emblématiques telles que Rob Hopkins et Maxime de Rostolan, grâce à nos partenaires de qualité qui ont présenté leurs projets, grâce encore aux producteurs qui ont montré les voies du possible. Merci à eux de nous avoir reboostés (pour ceux qui avaient déjà un pied dans le mouvement de la transition) ou bien motivés à rejoindre cette formidable aventure.

A suivre de très près dans la continuité du festival, d’autres projets dont Creafarm, le Permis de Végétaliser, Avril en ville, et sans doute une troisième édition du festival Nourrir Liège. Qui que vous soyez, rejoignez le mouvement !

Un grand merci à Mariel pour la rédaction de cet article