Un grand merci à Grégory Dubois – www.stepentreprendre.be pour ce bel article à retrouver en intégralité sur le site de Transfo, le magazine de l’économie sociale.

Cela devait être la grande fête de la transition alimentaire : le 4e festival Nourrir Liège doit malheureusement annuler, covid-19 oblige. De quoi néanmoins se mettre à table avec les organisateurs de cet événement devenu incontournable, programmé initialement du 19 au 29 mars en Cité ardente. Plus de 150 partenaires, 11 jours d’activités, et une bonne centaine d’événements à l’agenda : c’est avec une certaine boulimie que Nourrir Liège abordait sa 4e édition, marquée par un focus jeunesse. Jusqu’à ce que le désormais célèbre coronavirus ne vienne perturber tous ses plans : ‘Nous avions décidé d’adopter un principe de précaution en annulant tous les événements intérieurs de plus de 100 personnes (conférences, événements culturels et festifs, masterclasses)’ commente Elisabeth Gruié de la Ceinture Aliment-Terre Liégeoise, un des 3 porteurs du projet. ‘Jusqu’à ce que le gouvernement ne tranche ce jeudi … et c’est d’autant plus dommage que la plupart de ceux-ci affichaient déjà complet’. Pas de Rob Hopkins donc, ni de Rob Greenfield, activiste adepte de la simplicité volontaire, ni d’Adelaïde Charlier (Youth for climate), marraine du festival, et une programmation vraisemblablement reportée à 2021. Au-delà de cette fatalité qui met en perspective la question de l’autonomie alimentaire, il est néanmoins utile de rappeler d’où vient ce festival unique en son genre et d’en souligner son impact. ‘Nous avons démarré à l’aveugle, interpellés par la pièce ‘Nourrir l’humanité, c’est un métier’ et tous les enjeux associés à celle-ci : difficultés de la petite paysannerie, réchauffement climatique, baisse de la biodiversité ‘ explique Pierre Ozer (Université de Liège). ‘Nous avons voulu mettre en avant les solutions qui répondent à ces crises, et pouvons d’ores et déjà être contents d’avoir atteint un objectif : celui de susciter de nombreux partenariats, dont certains, de nature plus culturelle, nous permettent de réécrire l’imaginaire d’un futur enviable’. 8 ans après sa création, la pièce fait d’ailleurs l’objet d’une nouvelle version, réinterrogeant les agriculteurs de l’époque. Sa diffusion, le 28 mars, est bien entendue également reportée.

Si plusieurs études démontrent que les acteurs résilients – pensons aux coopératives de producteurs et/ou de consommateurs – montent en grade face à leurs homologues de la grande distribution sur le marché contrasté du bio, il est nécessaire que la Politique Agricole Commune opère un changement de cap radical et soutienne l’agroécologie comme nouvelle norme de production. ‘Il y a un écart qui n’est plus tenable entre les attentes de la société civile et l’action politique’ souligne Charles Culot, co-auteur de ‘Nourrir l’humanité’, acteur engagé et lui-même fils d’agriculteur. On ne peut pas en même temps souhaiter un bien-manger local et bio, et soutenir l’arrivée d’un géant chinois de la distribution comme Alibaba, c’est un non-sens. La PAC actuelle maintient sous perfusion l’agriculture conventionnelle, à coup de primes. Or, celle-ci génère peu d’emplois et est nocive pour la biodiversité.

A l’heure où l’Europe semble persévérer sur la voie dans laquelle elle est engagée, l’échelon local lui prend des initiatives louables : la Ville de Liège, imitée par celle de Tournai, met des parcelles à disposition de maraîchers sous l’appel à projets CreaFarm. Et avec 10% de production en agriculture biologique, dont une grande partie en petites surfaces, la Wallonie fait office de bon élève de la classe.

Avec force de conviction, les choses évoluent donc, et c’est là aussi l’ambition du festival : sensibiliser et prêcher la bonne parole, celle d’une alternative alimentaire qui laisse le bon goût des choses saines en bouche. Rendez-vous est d’ores et déjà pris l’année prochaine.

Co-géniteur de cet événement, la Ceinture Aliment-Terre Liégeoise a également fait de nombreux autres petits, s’imposant comme un modèle innovant pour soutenir et développer un système alimentaire prônant la dé-carbonisation, la relocalisation et la démocratisation de l’alimentation. Accompagnement de projets de cantines durables, expertise auprès des autorités communales, soutien à l’installation de producteurs sur petites surfaces : autant de projets qu’elle mène actuellement, 7 ans après avoir vu le jour et lancé une dynamique d’abord informelle.

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Rédaction : Grégory Dubois – www.stepentreprendre.be
Photos de l’édition 2019